PETIT LEXIQUE POETIQUE

 

 

PETIT LEXIQUE POETIQUE

 

 

IL n’est pas possible de parler de poésie sans parler de « vers » et de « rimes », même si nous connaissons les poèmes écrits en prose. La poésie en vers est un travail littéraire qui requiert certaines  connaissances sur les jeux que l’on peut faire avec les mots sans perdre de vue les règles qui la régissent.

 

I °) VERS ( versification ):

 

 

 

Mot venant du latin « versus » signifiant : le sillon, la ligne d’écriture, et historiquement : ce qui revient à la ligne.

Le vers est caractéristique de la poésie mais ne doit pas être confondu avec la phrase car un vers ne constitue pas forcément une phrase, mais un seul vers peut contenir plusieurs phrases.

Le vers ne doit pas obligatoirement rimer pour être de la poésie.

Depuis la fin du XIXè, le vers non rimé et irrégulier devient de plus en plus fréquent, mais le « retour à la ligne » à un moment déterminé par le poète existe bel et bien.

Le vers débute toujours par une majuscule.
Ceci s’oppose donc à la prose qui constitue un travail sans retour à la ligne mais plutôt déterminé par une structure en paragraphes.

Le vers se coupe avant la fin de la page alors que les lignes d’une prose vont jusqu’au bout et reviennent au début de la page suivante. 

Un regroupement de vers s’appelle une strophe.

Certains types de strophes ont une appellation particulière :
le quatrain ( 4 vers ),
le tercet ( 3 vers ),
le sizain ( 6 vers  ou 2 tercets réunis)

 

Et enfin, le regroupement de ces strophes peut déterminer le nom du poème ( sonnet, triolet...) reprenons notre exemple:
le sonnet 
est composé de 2 quatrains et 2 tercets (ou 1 cizain).

Il est amusant aussi de noter que le vers se définit surtout par sa « mesure » qu’on appelle « mètre », soit en nombre de syllabes, soit en nombres de pieds.

L’art du « mètre » est assujetti à des règles qui fixent la place des accents, l’alternance des syllabes ( longues ou courtes), la place de la césure s’il doit en posséder une.

 

 * LES METRES EN POESIE

 

La poésie française utilise exclusivement des vers à « mètres syllabiques » qui sont déterminés par leur nombre de syllabes.

Liste des mètres :

Une syllabe : mètre monosyllabe

Deux syllabes : mètre dissyllabe

Trois syllabes : mètre trisyllabe

Quatre syllabes : tétrasyllabe

Cinq, six, sept, huit, neuf syllabes : pentasyllabe, hexasyllabe, heptasyllabe, octosyllabe, ennéasyllabe.

Dix syllabes : décasyllabe

Onze syllabes : hendécasyllabe

Douze syllabes : alexandrin ( ou dodécasyllabe ) ( « alexandrin » voir chapitre réservé )

En poésie française, le vers de plus de huit syllabe doit comporter une césure dont les règles de placement varient avec le temps ( décasyllabe : césure à la  4ème  ou à la 6ème syllabe, alexandrin : césure à la 6ème syllabe).

 

 Les mètres rythmiques

 

Les vers peuvent aussi être définis par les « mètres rythmiques » qui font intervenir, non pas le nombre de syllabes mais la répartition des voyelles ou syllabes longues dans le vers. C’est ce jeu d’alternance (syllabe longue-syllabe courte) qui fait apparaître des schémas rythmiques un peu à la manière d’une phrase musicale . Une syllabe longue vaut deux syllabes courtes, comme en musique une blanche vaut deux noires.

La discipline qui enseigne  comment déterminer la quantité de voyelles ou de syllabes dans les vers rythmique s’appelle « la scansion ».

Les langues indo-européennes anciennes ( grec ancien, latin, sanskrit…) utilisaient ce principe, mais celui-ci reste valable certaines langues modernes (comme l’arabe par exemple).


Mais, je n’irai pas plus loin pour le moment dans l’étude du mètre rythmique, qui bien que certainement très intéressant me paraît un peu trop ardu à développer ici. Mais, j’analyserai mes recherches pour consacrer un chapitre à cela ( pour ceux que cela intéresse…)

 

 

 Une petite halte sur l'Alexandrin

 

Je me dois de réserver un chapitre à l’Alexandrin, ce vers que l’on peut considérer comme magique, car il porte en lui la musique des mots, et pour certains poètes, il faciliterait l’écriture, car la rythmique de l’alexandrin résonne dans la tête lorsqu’on écrit .

« La bête aux douze pieds, qui marche sur la tête… » ( 1er vers de la chanson de Claude Nougaro intitulée « l’Alexandrin » qui est un vivant hommage à cette écriture poétique, je vous conseille de l’écouter d’ailleurs, entre parenthèses…)

 

Le terme « Alexandrin » se nomme ainsi depuis le XVè siècle. Il fait référence au « Roman d’Alexandre » cycle de poèmes datant de la fin du XIIè siècle , écrit en vers de 12 syllabes, célèbre pour avoir associé ce « mètre » au style épique. Mais les premiers alexandrins datent néanmoins de la fin du XIè siècle.

L’alexandrin est un vers français composé de 2 hémistiches de 6 syllabes chacun, soit 12 syllabes au total. La 6ème syllabe du 1er hémistiche correspond à la césure.

On peut l’identifier de deux façons : le tétramètre et le trimètre. Mais ces découpages ne peuvent être retenus comme définition véritable de l’alexandrin.

 

 Le tétramètre :

Il peut être considéré comme un découpage du vers en 4 parties :
Exemple : « Je le vis, je rougis, je pâlis (,)à sa vue » ( Racine, Phèdre )

Si la césure « officielle » à la 6ème syllabe est évidente, il existe une autre césure à la 3ème syllabe, et une « officieuse » césure à la 9ème syllabe qui se devine aisément.

 

 Le trimètre :

Il est dit « romantique » ( Victor Hugo en particulier l’affectionnait). Cet alexandrin se découpe donc en 3 mesures.
IL est dit à « débit régulier » lorsqu’il est composé de 3 mesures rythmiques égales (4/4/4 ) dépendant uniquement de la rythmique des syllabes ; c’est la raison pour laquelle, le découpage peut se faire en milieu de mot :

Exemple : « Empanaché/d’indépendan/ce et de franchise » ( Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac)

 

 

J’en reviens alors à mes rimes…

 

II °) LES RIMES :

 

 

La rime est considérée, de manière générale, comme un jeu d’homophonie (1) entre des phonèmes (2) de fin de mots répétés en fin de vers.

La rime poétique est constituée par la répétition d’un ou plusieurs phonèmes identiques ( parmi lesquels il faut nécessairement au moins une voyelle tonique) à la fin de deux ou plusieurs vers proches. Les phonèmes ne riment que s’ils sont dans le même ordre.

Les rimes sont dites :

Riches : lorsque la répétition porte sur 3 phonèmes ou plus

Suffisantes : lorsque la répétition porte sur 2 phonèmes seulement

Pauvres : lorsque la répétition porte uniquement sur la voyelle tonique finale.

 

Aide lexicale :

(1)  Homophonie : des mots homophones se distinguent par leur orthographe, leur sens est différent, leur prononciation identique mair leur orthographe différente , alors que les homographes ont également un sens différent,   mais leur orthographe est identique . (Ex: dessein et dessin sont dits homophones, alors que 'pion' et 'pion' sont, eux, des homographes).
l'homophonie dépasse souvent et largement le cadre du mot:
Voici une série homophonique : 'il persévère' peut devenir à la manière de
Perec'il perd ses verres' ou bien 'il perd ses vers' ...

(2) Phonème : Élément sonore du langage articulé. Il s'agit d'un son. (la phonétique traditionnelle classe les phonèmes en voyelles, consonnes et semi-voyelles)
ex: on, an, ou, é, etc

 

 

On pense, à tort, que la rime n’est qu’un homophone en fin de vers et qui se répète au vers suivant , mais il n’en est rien.

En effet, les rimes de fin de vers peuvent être de plusieurs sortes que nous allons voir plus loin, mais elle peuvent également porter sur une syllabe précédente par exemple…. ( référence et exemples à venir...) 

Les rimes sont répertoriées selon leur catégorie :

 Rime féminine et rime masculine .

Rime féminine : le dernier phonème est un « e caduc » ( qui était prononcé entre le XVIè et le XIXè surtout dans la chanson avec les poètes de la Pléiade, ensuite, IL n’était plus prononcé,  seule la dernière voyelle tonique comptait  )

                   Ex : mélancolie, rêverie...

Rime masculine : le dernier phonème est entendu « é » ( il est prononcé )

                   Ex : consolé, emporté, aimé...

 

TABLEAUX DES RIMES

 

 1°) Rimes plates :      
Elles sont
définies par les lettres : AABBCC

Ce qui veut dire que les 2 premiers vers riment ensemble, les 2 suivants riment ensemble, et ainsi de suite.

 

 2°) Rimes croisées :
Elles sont définies par les lettres : ABAB

Ce qui veut dire que le 1er vers rime avec le 3ème, et que le 2ème vers rime avec le 4ème.

 

 3°) Rimes redoublées :
Elles sont définies par les lettres : AAA

Ce qui veut dire que les 3 premiers vers riment ensemble.

 

 4°) Rimes embrassées :
Elles sont définies par les lettres : ABBA

Ce qui veut dire que le 1er vers rime avec le 4ème, et que le 2ème et le 3ème riment ensemble. ( ces rimes sont souvent utilisées dans le Sonnet )

 

III°) Différentes formes de poésies

 

 

Nous avons tous appris des poésies dans notre enfance, sur les bancs de l’école.

Les termes de sonnet, rondeau, ballade ou ode ne vous sont pas inconnus.

Voyons plus en détails la structure de certains d'entre eux.

 

 1°) LE SONNET

 

Le sonnet est une forme poétique apparue en Italie au XIIè siècle, il a acquis ses lettres de noblesse au XIVè siècle puis fut très utilisé en Europe et en France en particulier aux XVIè et XVIIè siècles avant d’être délaissé au XVIIIè. Exploité à nouveau aux XIXè par les romantiques anglais, puis allemands, il revint en France par les Parnassiens ( Théophile Gautier), et Charles Baudelaire ainsi que par les symbolistes ( Verlaine)

 

Pour ceux d’entre vous qui auraient une petite envie d’en écrire, voici les quelques règles à respecter :

 

Le sonnet est un poème comprenant quatorze vers.

Les vers sont des alexandrins.

Il est formé de 2 quatrains dont la disposition des rimes est toujours la même, soit croisées ( ABAB), soit plates ( AABB), soit embrassées ( ABBA). Il est néanmoins possibles que les 2 quatrains soient sur un schéma de rimes différentes.

Les deux quatrains sont suivis d’un sizain ( souvent considéré comme deux tercets).

Les rimes du sizain respectent la forme CCDEDE en France ( En Italie : CCDEED)

 

Comme tout schéma établi, les règles sont toujours un jour bafouées ou contournées. Le sonnet s’est ainsi retrouvé, notamment grâce aux anglais, sous une forme un peu différente : il s’agissait de 3 quatrains, sur un schéma de rimes croisées, plus un distique de 2 vers ( ABAB CDCD EFEF GG)

 

Même les poètes symboliques français, qui avaient réintroduit cette forme poétique, ont élaboré un sonnet pourvu d’un quinzième vers!

 

 2°) LE TRIOLET

 

Le Triolet est une autre forme de poème, français, très usité.

Apparu pour la première fois au XIIIè siècle, il convenait au genre satirique de l’époque. ( Se référer au chapitre Historique de la poésie, à l’époque Moyen Age)

Il était composé de huit vers de 8 syllabes sur deux rimes.

Sa particularité était de contenir un vers entier qui se répétait au 1er vers, 4ème et 7ème vers, et un autre vers entier qui se répétait au 2ème et 8ème vers.

 

 3°) LE RONDEAU

C'est un poème de treize vers sur deux rimes, trois strophes en octosyllabes ou en décasyllabes de 5, 3, 5 avec une pause au cinquième et une au huitième, et dont le ou les premiers mots se répètent après le huitième vers et après le treizième, sans être eux-mêmes des vers. Fort en honneur au XVIe et au XVIIe siècle, est encore quelquefois employé. Musset en rima quelques-uns. 
Le rondeau redoublé se construit sur deux rimes et se compose de six quatrains à rimes croisées, commençant alternativement par la rime féminine et par la rime masculine. Les vers du premier quatrain forment successivement le quatrième vers des quatrains no 1, 2, 3, 4 et 5. Le sixième quatrain se complète par un refrain formé des premiers mots du rondeau.

 4°) LA BALLADE

C'est un poème lyrique chanté au Moyen Age accompagné d'un instrument à cordes, composé de trois strophes souvent isométriques, suivies d'un envoi qui nomme le dédicataire du poème. Toutes les strophes sont construites sur le même schéma de rimes et l'envoi correspond en général à la deuxième moitié d'une strophe. Chaque partie se termine par un refrain. On distingue deux formes les plus fréquentes : la petite ballade : trois huitains d'octosyllabes suivis d'un quatrain et la grande ballade : trois dizains suivi en principe d'un quintil.Le maître en ce genre restera toujours François Villon.

 

 5°) LE PANTOUN

C'est un poème composé de strophes de quatre vers dont les vers 2 et 4 d'une strophe reviennent comme vers 1 et 3 de la suivante.

 6°) LA VILLANELLE

C'est un poème à forme fixe composé d'un nombre impair de tercets, suivi d'un quatrain final et dans lequel le premier vers du premier tercet forme le troisième vers des strophes 2 et 4, etc. Le troisième vers du premier tercet forme le troisième vers des strophes 3 et 5, etc. Ces deux vers figurent ensuite dans le quatrain final.

 7°) LE VIRELAI
C'est un poéme en vers courts sur deux rimes composée de trois strophes de structure semblable suivie d'un refrain qui équivaut à une demi-strophe pour le nombre des vers, leur longueur et la disposition des rimes. Il peut s'étendre sur plusieurs strophes avec une répétition irrégulière du refrain ou avec renversement du schéma de la strophe à deux rimes - aaabaaab devient bbbabbba.

 8°) AUTRES FORMES

 

La COMPLAINTE  est un poème populaire de tonalité triste en principe construit sur deux rimes et à forme relativement libre. Dans la poésie moderne, souvent l'idée de mort y est mise en scène.

Le LAI est un petit poème narratif ou lyrique, à vers courts, généralement de huit syllabes, à rimes plates.

Le MADRIGAL est un poème de genre. Pièce de vers au tour galant ou tendre.

Le NEUVAIN est un poème de neuf vers ; strophe composée de trois rimes ou de quatre rimes.

L'ODE est un poème lyrique célébrant de grands événements, de prestigieux personnages.

ACROSTICHES: poème composé de vers dont les lettres ou les mots initiaux ( et/ou finaux ) forment un mot lisible de haut en bas ou de bas en haut.  

J'espère vous avoir apporté quelques connaissances dans ce chapitre. Il ne vous reste plus qu'à vous pencher sur votre plume et votre parchemin, et à vous laisser guider par votre inspiration pour écrire un sonnet ( à la Baudelaire) ou une ballade (à la Villon) par exemple... mais sachez bien qu'une forme poétique existe également et que l'on nomme : Poème en vers libres...

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site